Contexte
MediCab édite un logiciel destiné aux cabinets médicaux marocains. Comme pour tout éditeur, notre client n’est pas l’utilisateur final : ce sont des médecins généralistes et spécialistes, souvent seuls ou à deux ou trois, avec une secrétaire et sans service informatique.
Cette population a une particularité qui commande toute la conception. Le médecin ne cherche pas un logiciel : il cherche à en avoir besoin le moins possible. Chaque minute passée devant un écran est une minute qui n’est pas passée avec un patient, et tout outil qui ajoute de la saisie sera abandonné, quelle que soit sa richesse fonctionnelle.
Le problème
Le temps administratif mange le temps médical. Un médecin passe une part significative de sa journée à des tâches qui ne relèvent pas du soin : noter la consultation, rédiger l’ordonnance, remplir les documents de remboursement, répondre au téléphone pour un rendez-vous. Aucune de ces tâches n’est supprimable ; toutes sont assistables.
Le compte rendu se rédige de mémoire. Écrire pendant la consultation coupe le lien avec le patient. Écrire après, c’est reconstituer — et le soir, sur dix consultations, la précision se perd. C’est pourtant ce compte rendu qui fera foi à la visite suivante, ou devant un confrère.
L’ordonnance n’a pas de filet. Rien ne signale au praticien qu’il vient d’associer deux molécules qui interagissent, ou de prescrire un médicament contre-indiqué par un traitement en cours. La vigilance repose entièrement sur la mémoire, à la fin d’une journée de trente patients.
Le remboursement se joue sur un formulaire. Au Maroc, la feuille de soins conditionne le remboursement du patient par la CNSS, la CNOPS ou son assurance privée. Elle se remplit à partir d’une carte d’assurance déchiffrée à l’œil : un chiffre mal recopié, et c’est le patient qui revient se plaindre.
Le téléphone sonne au mauvais moment. Il sonne pendant la consultation, parce que c’est le seul canal de prise de rendez-vous. La secrétaire interrompt, ou le patient renonce.
La solution
Dicter plutôt que saisir
Le praticien parle. L’audio est transcrit par Whisper, puis le texte brut est soumis à un second traitement qui le structure en champs exploitables : motif de consultation, examen clinique, diagnostic, traitement, prescription, suivi.
Le médecin passe ainsi de la rédaction à la relecture. C’est un changement de nature, pas de degré : corriger un compte rendu structuré prend une fraction du temps qu’il faut pour l’écrire, et se fait pendant que le souvenir est frais.
Le découpage en champs n’est pas cosmétique. C’est lui qui rend le dossier consultable — retrouver tous les patients d’un diagnostic donné, suivre l’évolution d’un motif — là où un bloc de texte libre reste inerte.
Une ordonnance qui se relit toute seule
À la rédaction, l’assistant propose des médicaments cohérents avec le diagnostic saisi. Surtout, il analyse la liste complète et signale interactions et contre-indications avant la validation.
La proposition n’est jamais appliquée seule : le praticien valide, modifie ou ignore. Sur un sujet où l’erreur se paie en effets indésirables, l’outil alerte et documente, il ne décide pas.
La carte d’assurance en photo
La carte du patient est photographiée depuis le poste. Une reconnaissance visuelle en extrait l’organisme, le numéro d’immatriculation et les informations d’ayant droit, qui pré-remplissent le dossier puis la feuille de soins — CNSS, CNOPS ou privée selon le régime.
Le traitement est encadré : l’image part vers l’API du fournisseur et nulle part ailleurs, sous un contrat qui exclut sa conservation, et seul le résultat structuré est stocké côté cabinet. Sur des données de santé, la trajectoire de la donnée compte autant que le résultat.
Rendre le rendez-vous au patient
Chaque cabinet dispose d’un mini-site de prise de rendez-vous en ligne, sur son propre nom de domaine s’il le souhaite, avec calcul des créneaux réellement disponibles à partir de l’agenda.
Un agent conversationnel WhatsApp complète le dispositif : le patient écrit comme il écrirait à un proche, l’agent comprend l’intention et pose le rendez-vous. Au Maroc, WhatsApp est le canal par défaut — s’y brancher évite de demander au patient d’installer quoi que ce soit.
S’y ajoutent les relances automatiques par SMS et WhatsApp, qui attaquent le premier poste de perte de revenu d’un cabinet : le rendez-vous non honoré.
Le reste du cabinet
Salle d’attente et suivi des arrivées, téléconsultation vidéo avec paiement, facturation, export comptable au format lisible par Excel, historique des consultations, documents et rappels patients, journal d’audit, double authentification, gestion des abonnements pour l’éditeur.
L’interface existe en français et en arabe, avec le sens d’écriture inversé — ce n’est pas une traduction ajoutée après coup mais une contrainte de mise en page prise en compte dès la conception.
Architecture
| Décision | Motif |
|---|---|
| Cloisonnement par cabinet au niveau des requêtes | Un dossier médical qui fuit d’un cabinet à l’autre n’est pas un incident, c’est une faute |
| Transcription puis structuration en deux temps | Un modèle transcrit, l’autre structure : chaque étape reste vérifiable isolément |
| L’IA propose, le praticien valide | Aucune suggestion médicale n’est appliquée sans décision humaine explicite |
| Image d’assurance non conservée par le tiers | La donnée de santé sort du cabinet le moins possible et le moins longtemps possible |
| Agent WhatsApp plutôt qu’application patient | Le canal que le patient possède déjà, sans installation ni compte |
| Interface bilingue dès la conception | Le sens d’écriture inversé ne se rattrape pas après coup |
Résultats
La plateforme couvre 32 entités métier, 49 migrations et 31 points d’entrée API, avec quatre usages de l’intelligence artificielle en production.
Comme pour nos autres réalisations, les chiffres publiés ici sont ceux de la plateforme, vérifiables, et non des indicateurs commerciaux des cabinets clients. Nous préférons ce qui se démontre.
Le fil conducteur du projet reste le même d’un bout à l’autre : chaque fonctionnalité a été jugée à une seule aune — combien de minutes elle rend au médecin, et combien de saisie elle lui évite.